Cette conférence s’est tenue dans un monde de compétition économique brutale entre les blocs

9 Juil

En conclusion du Sommet de la Terre, voici un article publié en fin de semaine dernière par l’Humanité dans le cadre d’une page débat consacrée au bilan de Rio.

Une tribune écrite par Ronan Dantec, sénateur (EELV), porte-parole Climat de cités et gouvernements unis (CGLU).

Nous sortons de Rio sans obtenir d’accord entre pays développés et grands émergents. Aucune vision partagée sur ce que pourrait être une régulation des échanges, ni sur le chemin que pourrait prendre l’économie mondiale pour une convergence du développement entre le Nord et le Sud.

Pour comprendre ce qui s’est passé, il faut rappeler une chose : les Bric – le groupe Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud – ne voulaient pas se voir imposer de contraintes sur leur propre croissance, actuellement très fragilisée. Ils se sont mis d’accord sur un texte minimal en ce sens. Trop heureux, les États-Unis ont suivi. L’Europe, elle, n’a pu que constater. Elle s’est retrouvée beaucoup plus isolée qu’à Durban. Cette fois, en raison de divergences internes, les pays africains ne l’ont pas totalement soutenue.

De plus, les Brésiliens ayant décidé de présenter un texte bouclé avant même qu’ait démarré le haut segment de discussions avec les chefs d’État, les rapports de forces de négociations n’ont pu s’installer.

Nous nous sommes retrouvés à Rio avec le même axe Bric, États-Unis, Canada, Australie, qu’à Copenhague. Ce sont bel et bien ces États qui sont responsables du texte qui en sort. Cette conférence s’est tenue dans un monde de compétition économique brutale entre les blocs. Les États ont été porteurs de cette idéologie, le Brésil en premier lieu, plus social-libéral qu’altermondialiste !

Néanmoins, le principal intérêt de ce sommet est que, au-delà du constat d’impuissance, Rio dit l’inquiétude des États concernant la crise environnementale et la finitude de la planète. Il n’y a plus de climato-scepticisme ou de déni de réalité au sein de l’ONU. À travers les objectifs de développement durable (ODD), ils ont laissé la porte ouverte à un accord à terme. Ces ODD s’appuieront sur des engagements de l’ensemble des pays, et non pas uniquement des plus développés.

On se donne jusqu’à 2015 pour en définir le contenu, ce qui correspond exactement à l’agenda fixé à Durban pour achever l’accord mondial qui doit succéder au protocole de Kyoto et qui doit, là aussi, déboucher sur un accord contraignant, engageant tous les grands émetteurs de CO2, y compris les émergents.

Cette convergence des calendriers nous offre donc trois ans pour trouver un point d’équilibre pour l’économie mondiale. Cela me paraît une échéance raisonnable. En étant optimistes, on peut se dire que nous disposons à nouveau d’un temps de négociation suffisant pour déboucher sur des mesures crédibles.

Le renforcement du rôle du Programme des Nations unies pour l’environnement (Pnue) est lui aussi encourageant. Élargi à l’ensemble des États et à la société civile, il est en outre doté d’un financement pérenne. L’évolution de l’ancienne commission du développement durable de l’Ecosoc, transformée en forum, lui confère une place renforcée. Ce forum ministériel se déroulera désormais avant l’assemblée générale annuelle des Nations unies. Ce serait un lieu clé de la discussion avec un statut de «participant» pour les représentants des neuf groupes de la «société civile».

Alors que les États ne sont plus à même de trouver ce fameux «deal global», de définir les étapes de la convergence entre les économies, la société civile est-elle à même de le faire ? Elle ne le pourra qu’à condition de sortir d’une logique de lobbyisme sectoriel et d’opposition. Le but des négociations internationales est de trouver le point d’équilibre entre les blocs, pas de les faire basculer dans d’autres systèmes. Dans cette quête, les gouvernements locaux, unis au niveau mondial, ont une opportunité spécifique et une responsabilité singulière.

Notre légitimité démocratique, notre proximité avec les délégations nationales, notre culture commune née et nourrie dans l’action et la lutte contre les dégradations environnementales et les fractures sociales sur nos propres territoires sont uniques. Nous pouvons travailler à la recherche de ce point et le proposer aux États comme cadre de négociations, et jouer un rôle de facilitateurs en ce sens. Notre optimisme de combat se nourrit de cet horizon.

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